Ariane sur la Lune : le Drassm et l’Ifremer associent leur compétence en robotique au service de la recherche archéologique sous-marine

Mise à l’eau d’Ariane par le portique de l’Alfred Merlin.
© Teddy Seguin-Drassm, Ifremer
La Lune, une capsule temporelle
De retour d’une désastreuse expédition militaire à Djidjelli (dans l’actuelle Algérie) qui visait à établir localement une base maritime française afin de contrecarrer les actions des corsaires Barbaresques, danger permanent pour le commerce européen en Méditerranée, la Lune se voit contrainte de subir une période de quarantaine dans les îles d’Hyères. Le navire, déjà en piètre état, ne résiste pas à l’énorme tempête qui balaye le 6 novembre 1664 les côtes provençales. La Lune coule en un instant emportant avec elle plus de 900 personnes, marins et passagers, ainsi que tout leur équipement.
Depuis 2012, au fil de plusieurs campagnes archéologiques, la richesse du mobilier archéologique conservé sur l’épave peu à peu se dévoile : céramiques décorées, vaisselle en verre, nombreuses pièces d’artillerie, -dont des canons et plusieurs armes ainsi que la cloche du navire et une ancre. « Tous ces artéfacts sont les témoins matériels de l’histoire maritime, militaire, sociale et technique de cette époque. Ils font de la Lune l’un des plus grands musées immergés de l’histoire du XVIIe siècle européen » (Olivia Hulot).

Parmi les mobiliers archéologiques prélevés par Ariane, trois assiettes d’origine pisane présentent le même motif ornemental figurant un oiseau attestant de l’appartenance à un même service.
© Teddy Seguin-Drassm, Ifremer
La Lune, un laboratoire pour la robotique
Les archéologues du Drassm étant naturellement limités en profondeur pour leurs interventions, c’est grâce au développement de la robotique que le site est étudié. « Véritable laboratoire expérimental, l’épave de la Lune s’est imposée comme le site idéal pour tester des technologies innovantes adaptées à l’archéologie sous-marine des grandes profondeurs » (Michel L’Hour). De nombreux robots ont ainsi été développés en partenariat avec des ingénieurs et des roboticiens et trois ROV (remotely operated underwater vehicule – robot téléopéré) ont été conçus en collaboration avec le Laboratoire d’Informatique, de Robotique et de Microélectronique de Montpellier (LIRMM-CNRS).
La mission 2025 sera l’occasion d’expérimenter de nouvelles méthodes de travail, en mettant tout particulièrement en œuvre le robot Ariane, qui devrait permettre d’acquérir des données inédites.
Mis en service en 2017, Ariane est un robot sous-marin hybride téléopéré, alimenté par des batteries lithium-ion et connecté à la surface via une fibre optique. Ariane rend possible des plongées dites « à la journée », jusqu’à 2 500 mètres de profondeur, pour des missions d’intervention, de prélèvement, d’inspection ou de cartographie optique et acoustique, même dans des zones très accidentées. La gestion horizontale de la fibre optique permet de naviguer, sans être gêné par un câble porteur, sur le flanc de falaises et même sous les surplombs. Ariane contribue à des avancées importantes en vision 3D et en cartographie optique des reliefs complexes.

Poste de pilotage du robot Ariane dans le poste de contrôle robotique de l’Alfred Merlin.
© Teddy Seguin-Drassm, Ifremer
La Lune accueille Ariane
Avec le support technique de l’Alfred Merlin, navire scientifique du ministère de la Culture administré par le Drassm, le HROV Ariane a pu être déployé sur 8 jours d’opération. « L’un des enjeux majeurs de cette mission était d’expérimenter un vaste panel de gestes techniques d’Ariane, dans un contexte archéologique inédit » (Laurent Artzner, responsable pour l’Ifremer de la mission HROV Ariane sur la Lune). « Nous avons ainsi validé un treuil petit fond et de nouveaux systèmes de préhension délicate. Le logiciel de nouvelle génération pour la gestion de plongée Mimosa 3 a été utilisé en routine. Le dispositif de télé-présence avec la nouvelle Halle numérique virtuelle sur le centre Ifremer de Méditerranée à La Seyne, a également été testé. Ces différents essais ont permis de dégager le filet de pêche contemporain venu se crocher sur le flanc bâbord de l’épave, de désensouiller une jarre à eau, de rechercher un canon perdu et d’en nettoyer un autre, et enfin de réaliser une couverture 3D photogrammétrique complète de l’épave ».

Récupération d’une jarre sous la surface (-10m), remontée par Ariane assisté d’un plongeur du Drassm, dans son panier jaune.
© Teddy Seguin-Drassm, Ifremer
Navire d’opération : Alfred Merlin (Drassm)
Lieu d’opération : Toulon (83)
Date d’opération : du 10 au 21 mars 2025
Responsables d’opération : Olivia Hulot (Drassm), Michel L’Hour (Académie de marine), Laurent Artzner (Ifremer)
Expertise archéologique : Drassm